Derrière les contrats d’armement se cachent parfois des circuits financiers opaques. L’enquête du Serious Fraud Office (

SFO) britannique sur la firme Smith & Tyers a mis en lumière un vaste système de commissions occultes et de surfacturations ayant permis de corrompre des officiers de haut rang au sein de la marine algérienne. Entre comptes offshore et intermédiaires de l’ombre, cet article décrypte les rouages d’un scandale de 1,5 million de livres sterling qui illustre les dérives de la passation de marchés publics en Algérie durant l’ère Bouteflika, et interroge sur la réalité des poursuites judiciaires engagées sur le sol national.
L’article de The Business Desk détaille l’un des plus grands scandales de corruption impliquant des entreprises étrangères et des responsables de la défense en Algérie. Cette affaire met en lumière les mécanismes complexes utilisés pour détourner des fonds publics à travers des contrats d’armement internationaux.
L’Affaire Smith & Tyers : Corruption au Cœur de la Marine Algérienne
Le scandale repose sur une enquête menée par le Serious Fraud Office (SFO) au Royaume-Uni concernant la société de défense Smith & Tyers. L’entreprise a été condamnée à verser près de 1,5 million de livres sterling après avoir reconnu avoir versé des pots-de-vin pour obtenir des contrats lucratifs avec le gouvernement algérien.
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- Le mécanisme de la corruption : Comment cela s’est passé ?
La corruption ne s’est pas faite par des transferts directs et visibles, mais par un système sophistiqué de surfacturation et d’intermédiaires :
- L’intermédiaire occulte : La société utilisait un agent commercial basé à l’étranger pour faciliter les paiements. Cet agent servait de « pont » entre l’entreprise britannique et les décideurs militaires algériens.
- Gonflement des prix : Le coût des équipements de défense était artificiellement gonflé. La différence entre le prix réel et le prix facturé à l’État algérien servait à alimenter une « caisse noire » destinée aux pots-de-vin.
- Contrats de services fictifs : Pour justifier la sortie d’argent, des contrats de consultance ou de services inexistants étaient rédigés, permettant de blanchir les commissions occultes.
- Les officiers algériens impliqués
Bien que l’enquête britannique se soit concentrée sur les entités basées au Royaume-Uni pour obtenir des condamnations, les investigations ont révélé l’implication de hauts responsables de la Marine Nationale Algérienne et du ministère de la Défense.
Le modus operandi impliquait des officiers chargés des commissions de passation de marchés et de l’évaluation technique des équipements. Ces officiers avaient le pouvoir d’orienter le choix final de l’État vers Smith & Tyers en échange de commissions occultes versées sur des comptes offshore, souvent basés dans des paradis fiscaux ou en Europe (notamment en Suisse et en France).
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- Ont-ils été jugés en Algérie ?
La question du jugement de ces officiers en Algérie est complexe et marquée par le contexte politique du pays :
- L’ère Bouteflika : Au moment des faits (années 2000 et début 2010), beaucoup de ces officiers bénéficiaient d’une impunité totale en raison de la protection du haut commandement militaire. Les enquêtes étaient souvent bloquées au niveau local.
- Le virage de 2019 (Le Hirak) : Après la chute du président Abdelaziz Bouteflika, une vaste opération « mains propres » a été lancée. Plusieurs généraux et officiers supérieurs ont été arrêtés et condamnés pour corruption, enrichissement illicite et abus de fonction.
- Le bilan judiciaire : Si certains noms liés aux contrats de défense ont été cités dans les tribunaux militaires de Blida ou les tribunaux civils d’Alger (comme l’affaire de l’autoroute Est-Ouest ou les affaires liées à Sonatrach), le volet spécifique de Smith & Tyers n’a pas toujours fait l’objet d’un procès public dédié en Algérie. Cependant, plusieurs officiers impliqués dans la logistique et les achats militaires ont été condamnés à de lourdes peines de prison dans le cadre de la purge globale contre la « Issaba » (le gang).
L’affaire Smith & Tyers illustre une période où les contrats de défense servaient de levier pour l’enrichissement personnel d’une élite militaire. Si le Royaume-Uni a sanctionné l’entreprise, le traitement judiciaire en Algérie a longtemps été entravé par le poids politique de l’institution militaire, ne trouvant une résolution (partielle) qu’à la suite des bouleversements politiques de 2019.
