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Le FMI a relevé sa prévision de croissance à 3,8 % pour l’Algérie en 2026. Une hausse essentiellement due à la rente pétrolière liée à la guerre au Moyen-Orient
Le FMI a relevé sa prévision de croissance à 3,8 % pour l’Algérie en 2026. Une hausse essentiellement due à la rente pétrolière liée à la guerre au Moyen-Orient

Embellie conjoncturelle due à la guerre au Moyen-Orient de laquelle advient la hausse du prix du baril du pétrole. Les jeunes Algériens, confrontés à un chômage structurel élevé et à un manque criant de perspectives, méritent mieux qu’une croissance dopée par des guerres lointaines. Faute d’une utilisation stratégique de cette ardeur budgétaire, l’Algérie risque de reproduire le cycle classique : flambée des recettes engendrant une augmentation des dépenses courantes et des importations. Puis le retour des tensions budgétaires dès que les prix, de l’énergie dans le marché mondial, baissent.

La nouvelle est tombée comme un répit dans la tour

Le FMI a relevé sa prévision de croissance à 3,8 % pour l’Algérie en 2026. Une hausse essentiellement due à la rente pétrolière liée à la guerre au Moyen-Orient
mente géo
Le FMI a relevé sa prévision de croissance à 3,8 % pour l’Algérie en 2026. Une hausse essentiellement due à la rente pétrolière liée à la guerre au Moyen-Orient
politique mondiale : le Fonds monétaire international (FMI) a revu à la hausse ses prévisions de croissance économique pour l’Algérie, les portant à 3,8% pour 2026, malgré un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques. L’économie algérienne devrait maintenir sa dynamique positive, avec une croissance atteignant 3,8% en 2026, contre 2,9% prévus en octobre 2025, soit une révision à la hausse de 0,9 point de pourcentage. Une révision spectaculaire que les décideurs algériens se sont empressés d’agiter comme un trophée. Pourtant, derrière les communiqués triomphalistes, la lecture fine des chiffres révèle une réalité bien plus prosaïque, et nettement moins flatteuse pour la grandiloquente vision officielle.

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Un satisfecit qui doit (presque) tout à la guerre au Moyen-Orient

Que les choses soient dites sans détour : si Alger affiche aujourd’hui une trajectoire à contre-courant, c’est d’abord parce que la croissance mondiale devrait ralentir à 3,1% en 2026, le conflit au Moyen-Orient ayant freiné la dynamique précédente. Or ce même conflit, qui plombe la planète, gonfle mécaniquement les recettes pétrolières et gazières des producteurs. Cette progression repose, selon les indicateurs du FMI, à la fois sur la bonne tenue du secteur des hydrocarbures porté par la demande internationale de gaz naturel et sur une montée progressive des activités hors hydrocarbures, notamment dans les industries minières et manufacturières.

Autrement dit, la « performance remarquable » saluée par les institutions internationales tient en grande partie à une rente géopolitique exogène, et non à un véritable retournement du modèle productif national. Les hydrocarbures représentent toujours environ 40 % du PIB, 90 % des exportations et un tiers des recettes budgétaires. Le pays reste donc structurellement à la merci des humeurs des marchés énergétiques.

L’écart embarrassant entre la prévision officielle et celle du FMI

Là où le bât blesse, c’est dans le décalage de plus en plus visible entre les ambitions claironnées par l’exécutif et les projections — pourtant déjà optimistes — des bailleurs internationaux. La dernière loi de Finances table sur une croissance de 4,1 % pour 2026, affichant ainsi un niveau d’optimisme supérieur à celui du FMI.

Pire encore, l’écart se creuse avec la Banque mondiale. Le scénario officiel parie sur 4,1% de croissance en 2026, quand la Banque mondiale retient un rythme de 3,5%, signe d’un écart d’appréciation sur la vigueur de la reprise. Le storytelling politique se heurte à la rigueur des modèles économétriques. Les autorités vendent un envol ; les institutions de Washington, elles, parlent de résilience — nuance de taille.

Cette distorsion s’inscrit dans un récit plus large. L’Algérie aborde 2026 avec une ambition assumée : viser le rang de première économie d’Afrique, après un PIB proche de 280 milliards de dollars en 2025 et une croissance autour de 4%. Le projet repose sur un triptyque mis en avant par les autorités, production, autosuffisance, exportations hors hydrocarbures, pour desserrer l’étau d’une dépendance pétrolière qui structure encore les comptes publics. Une ambition que l’on peut qualifier, sans excès, de grandiloquente, tant elle reste loin des réalités du terrain.

Un budget record… financé par un déficit abyssal

C’est sur le plan budgétaire que la dissonance devient la plus criante. L’Algérie a adopté pour 2026 un budget historique de 135 milliards de dollars. Une somme colossale qui témoigne d’une volonté de rupture : celle d’accélérer la diversification économique, de répondre aux attentes sociales et de consolider la stabilité du pays dans un contexte régional mouvant.

Mais à quel prix ? Le point de tension macro-économique majeur réside dans le déficit budgétaire. Chiffré à –13,9 % du PIB en 2024 par le FMI — un niveau inédit depuis la crise pétrolière des années 1980 — il devrait rester très élevé en 2025 et 2026 selon la BAD (–14,4 % puis –14,5 %).

Un déficit qui, faute de marchés obligataires profonds, se nourrit du système bancaire domestique. Ce déficit est financé principalement par les banques publiques algériennes, ce qui crée un effet d’éviction sur le financement du secteur privé et renforce l’interdépendance entre l’État, les entreprises publiques et les banques. Le FMI a reclassé le risque souverain algérien en catégorie « élevé » dans son rapport Article IV de septembre 2025. Un signal d’alerte qu’aucun discours officiel ne peut totalement masquer.

Développement en Algérie : quand les milliards du FNI ne suffisent pas à bâtir l’émergence

L’équation se complique par la chute des cours. Selon la BAD (rapport MEO 2026, avril 2026), le prix du baril de Sahara Blend est attendu à 65,8 USD en 2026, en baisse par rapport à 68,2 USD estimés pour 2025 et 80,7 USD en 2024. La rente, principale béquille du pays, s’amenuise au moment où les dépenses explosent.

Quels secteurs portent réellement la croissance ?

À y regarder de près, la croissance révisée à la hausse repose sur une combinaison hétéroclite de secteurs, dont certains profitent davantage de la conjoncture que d’autres.

Les hydrocarbures, toujours en tête malgré tout. Le ministère de l’Énergie et des Mines a annoncé une hausse de la production primaire des hydrocarbures en Algérie pour l’année 2026. Selon les prévisions officielles, cette production atteindra environ 193 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP), soit une augmentation de 2 % par rapport à 2025. Les exportations d’hydrocarbures ont généré 31 milliards de dollars de recettes jusqu’à fin septembre 2025, tandis que les investissements sectoriels ont atteint 5 milliards de dollars sur la même période.

Une diversification réelle mais inégale. Quatre secteurs clés ont porté cette croissance en volume : industrie (+6,4%), commerce (+6,7%), agriculture (+4,5%) et électricité et gaz (+9,7%). La croissance du PIB de l’Algérie hors hydrocarbures s’est établie à 5,3%, contre 4,4% au deuxième trimestre 2024. Cette évolution traduit les effets positifs des efforts de diversification engagés en faveur d’un développement économique moins dépendant des hydrocarbures.

Industrie de substitution et grands chantiers miniers. L’Algérie accélère sur des filières où la substitution aux importations apporte un gain immédiat, automobile, pharmacie, électronique, sidérurgie. La stratégie vise un double effet : réduire la facture extérieure tout en alimentant des flux exportateurs hors hydrocarbures, devenus un indicateur politique autant qu’économique. Plusieurs projets miniers majeurs avancent, dont la mine de fer de Gara Djebilet, le gisement de zinc-plomb de Oued Amizour et le complexe intégré de phosphate à Tebessa et Souk Ahras.

Agriculture saharienne et sécurité alimentaire. La dynamique s’appuie sur des projets identifiés : Baladna sur le lait, Bonifiche Ferraresi sur le blé saharien, et un effort de méga-stockage céréalier. L’agriculture saharienne gagne en visibilité, car elle sert la sécurité alimentaire et limite l’exposition aux chocs de prix mondiaux.

Marché du travail. Le taux de chômage devrait reculer légèrement à 11,2%, porté par les investissements publics et les projets industriels en cours. Un recul qui demeure modeste au regard de la pression démographique algérienne et des attentes d’une jeunesse qui ne se contente plus de promesses.

Une vitrine fragile

Le tableau d’ensemble n’a donc rien du « miracle » que certains laudateurs voudraient brandir. La réussite de ce virage dépendra de la capacité du pays à réformer son climat des affaires et à garantir la transparence des dépenses. Si elle parvient à équilibrer volontarisme politique et discipline budgétaire, l’Algérie pourrait amorcer un tournant décisif. Dans le cas contraire, ce budget record restera une vitrine ambitieuse mais fragile d’une transformation inachevée.

Le FMI lui-même, derrière la bonne nouvelle des 3,8 %, encourage la poursuite des réformes structurelles, notamment pour améliorer le climat des affaires, en facilitant l’accès au financement et en œuvrant à capter davantage d’investissements privés.

En somme, la révision à la hausse de la prévision de croissance n’est ni un blanc-seing donné aux décideurs, ni la confirmation de leur narratif. C’est un sursis offert par la conjoncture pétrolière du Moyen-Orient en feu — un sursis qu’il faudra mettre à profit, faute de quoi le réveil, lorsque le baril retombera durablement, sera particulièrement brutal. Les 4,1 % promis par la loi de Finances ressemblent davantage à un slogan politique qu’à une feuille de route. Et les Algériens, eux, attendent autre chose que des chiffres triomphants : du pouvoir d’achat, de l’emploi qualifié, et un État qui cesse de confondre rente et stratégie.

Sources principales : Rapport WEO avril 2026 du FMI, dépêches APS (14-15 avril 2026), Xinhua, et pages pays du FMI.

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argotheme@yahoo.fr

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