
C’est une victoire historique pour la santé publique algérienne. Ce 23 avril 2026, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a officiellement validé l’élimination du trachome en tant que problème de santé publique en Algérie. Le pays devient ainsi le 29ème au niveau mondial et le 10ème dans la région africaine à atteindre ce jalon majeur.
Un fléau centenaire : Les racines du combat
Le trachome, principale cause infectieuse de cécité dans le monde, a longtemps été un fardeau majeur pour l’Algérie, particulièrement dans ses régions sahariennes. Au début du XXe siècle, la situation était alarmante : entre 1912 et 1955, les données indiquaient que plus de 90 % de la population dans certaines zones souffrait d’inflammation trachomateuse.
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Le combat institutionnel commence réellement en 1909 avec la création de l’Institut Pasteur d’Algérie. Dès les années 1950, des campagnes de dépistage et de traitement sont lancées, mais c’est l’indépendance du pays en 1962 qui va marquer un tournant décisif.
L’ère post-indépendance : Vers un système national
Sous l’impulsion de pionniers comme le Professeur Mohamed Aouchiche, l’Algérie a pris en main sa destinée sanitaire. Un pilier central de cette réussite a été l’instauration, dès 1974, de la gratuité des soins de santé pour tous les citoyens. Ce système a permis d’intégrer la lutte contre le trachome dans le cadre plus large des soins de santé primaires et de l’hygiène scolaire.
La stratégie SAFE : Le levier de l’élimination
Thédros Ghebreysus, 1er dirigeant de l’OMS
Pour vaincre la maladie, l’Algérie a rigoureusement appliqué la stratégie SAFE préconisée par l’OMS :
- S (Surgery) : Chirurgie pour traiter le trichiasis (le stade avancé menant à la cécité).
- A (Antibiotics) : Distribution massive d’antibiotiques pour réduire l’infection.
- F (Facial cleanliness) : Promotion de la propreté du visage et de l’hygiène personnelle.
- E (Environmental improvement) : Amélioration de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement.
Le trachome, indicateur des performances de santé publique.
Le sprint final (2013-2025)
Bien que la prévalence ait chuté à 30 % dans les années 60, il restait des foyers endémiques dans le Sud. En 2013, le ministère de la Santé a lancé un plan stratégique ciblant 12 wilayas du Sud (dont Adrar, Tamanrasset, Béchar et Ghardaïa).
Récemment, en 2025, des campagnes intensives de dépistage porte-à-porte dans des districts comme Timimoun et Touggourt ont permis d’atteindre une couverture de 96 %, ramenant la prévalence du stade avancé à moins de 0,1 %. En décembre 2025, l’Algérie a soumis son dossier complet de preuves à l’OMS, aboutissant à la consécration d’aujourd’hui.
Un modèle pour la région
Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS, a salué ce succès comme un « triomphe historique qui relie le passé, le présent et le futur de la santé publique ». Le trachome est ainsi la quatrième maladie transmissible éliminée en Algérie, après le paludisme, le tétanos maternel et néonatal, et la poliomyélite.
Pour Rahba, cette victoire rappelle que la persévérance politique, l’accès universel à l’eau et un système de santé de proximité sont les meilleures armes contre les maladies de la pauvreté. L’Algérie entre désormais dans une phase de surveillance post-élimination pour garantir que ce fléau ne revienne jamais.
Source principale : OMS / News-Medical (24 avril 2026)
