Fondateur de la conceptuelle « Radio Sarbacane », le journaliste algérien Abdelkrim Zeghileche incarne aujourd’hui la résistance d’une presse citoyenne traquée. Contraint à la fermeture de son média alternatif, il fait face à un acharnement judiciaire visant à réduire au silence sa voix critique. Le parcours d’un homme qui, malgré les persécutions et les procès à répétition, refuse de laisser étouffer la liberté d’informer en Algérie. Mais aussi son militantisme politique perçu comme subversif par les nouveaux despotes d’Alger. C’est aussi un potentiel d’engagement loin du régionalisme culturel, hostile au clanisme rétrograde, voire dénonciateur de l’enferment dogmatique avec une rigueur idéologique peu encline à être servile des chapelles qui ont ruiné la démocratie de son pays : l’Algérie. Un acteur jusqu’à là infatigable.

De la création de Radio Sarbacane à Constantine aux bancs des tribunaux, le parcours du journaliste et activiste Abdelkrim Zeghileche illustre la fragilité de la liberté de la presse en Algérie. Entre harcèlement administratif et condamnations répétées, portrait d’un homme qui refuse de se taire.
L’esprit de « Sarbacane » : Une brèche dans le monopole médiatique
Originaire de Constantine, Abdelkrim Zeghileche n’est pas seulement un journaliste ; il est un des pionniers de web-radios en Algérie. En fondant Radio Sarbacane, il avait pour ambition d’offrir un espace de débat libre, loin des sentiers battus de la presse institutionnelle. Très vite, Sarbacane est devenue un carrefour pour les voix dissidentes, les intellectuels et les citoyens désireux d’aborder les questions politiques et sociales sans tabous.
Cependant, cette indépendance a un prix. La fermeture de la radio, officiellement pour des raisons administratives, a marqué le début d’une longue traversée du désert, transformant le studio d’enregistrement en une série de confrontations judiciaires.
Le Hirak et l’engagement politique
L’engagement de Zeghileche a pris une dimension nationale avec l’avènement du Hirak en février 2019. Présent sur le terrain et très actif sur les réseaux sociaux (notamment via son profil Facebook, devenu son principal canal de communication), il a documenté les manifestations et critiqué ouvertement le système politique en place.
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Son activisme ne s’est pas limité au micro. En tant qu’acteur politique local à Constantine, il a souvent dénoncé la gestion de la chose publique, ce qui lui a valu une surveillance accrue des autorités.
Un acharnement judiciaire documenté
Depuis 2019, Abdelkrim Zeghileche est devenu un habitué des tribunaux. Les chefs d’accusation se sont multipliés au fil des années : « atteinte à la personne du président de la République », « outrage à corps constitué », ou encore « publications portant atteinte à l’intérêt national ».
L’incarcération : Il a connu la prison à plusieurs reprises, notamment en 2020, où il a été condamné à une peine de prison ferme, suscitant une vague d’indignation parmi les organisations de défense des droits de l’homme et des journalistes (RSF, CNLD).
Le harcèlement continu : Même en liberté, le journaliste reste sous pression. Ses procès sont régulièrement reportés, prolongeant une instabilité juridique qui vise, selon ses soutiens, à l’épuiser moralement et financièrement.
Une présence numérique comme dernier rempart sur l’ultime tribune
Privé de son outil de travail principal (Radio Sarbacane), c’est sur le Web que Zeghileche continue son combat. Son profil Facebook est devenu une tribune où il partage ses réflexions, suit l’actualité des autres détenus d’opinion et rend compte de ses propres déboires judiciaires. Chaque publication est suivie par des milliers d’internautes, faisant de lui un symbole de la résistance médiatique.
Pourquoi son cas est emblématique ?
Le dossier Zeghileche dépasse sa simple personne. Il pose la question fondamentale du statut du journaliste web en Algérie. En l’absence d’un cadre juridique protecteur pour la presse électronique et face à l’utilisation abusive du code pénal pour restreindre la liberté d’expression, son parcours témoigne des risques encourus par ceux qui choisissent l’indépendance.
Pour les lecteurs de Rahba, le cas d’Abdelkrim Zeghileche rappelle que la liberté d’informer est un combat quotidien. Alors que les espaces d’expression se réduisent, la persévérance de ce « journaliste de Constantine » demeure un rappel nécessaire que la voix de la vérité, même étouffée, finit toujours par trouver un écho.
Article de la rédaction de rahba.argotheme.com
Sources : Profil Facebook officiel d’Abdelkrim Zeghileche, Rapports du Comité National pour la Libération des Détenus (CNLD), Archives des médias indépendants algériens.
