Ceux qui nient que l’Algérie est déjà en seconde république, croient encore et toujours à la prépondérance du règne des tuteurs historiques que sont l’idéologie, le personnel et les réflexes des anciens moudjahidine qui ont combattu le colonialisme. Le plus vaste pays d’Afrique est déjà pleinement dans la deuxième version de sa république promulguée en 1962, la première, lors de la couverture de la souveraineté nationale. La chute de Bouteflika en 2019 a fermé la précédente variante qui reste fondatrice de l’indépendance. Le pays survit sans émergce, ce qui donne que la « Nouvelle Algérie » est plus sombre car livrée à la prédation des incompétences.

L’Algérie traverse une mutation singulière qui expire l’étape antérieure. Manifestement, nous serions entrés dans une « Algérie nouvelle » avec l’élection d’Abdelmadjid Tebboune. Pour beaucoup d’observateurs, c’est le passage de l’ère des « maquisards » (les héros de la révolution) à celle des « bureaucrates » de l’appareil d’État. Les seconds ont été auxiliaires des premiers dans le but d’endiguer la sédition des universitaires et la récalcitrance des couches éclairées de la société. Pourtant, alors que la France ou la Corée du Sud marquent leurs changements de République par des ruptures constitutionnelles nettes, l’Algérie semble vivre une Seconde République de fait, mais dont les institutions restent étrangement figées dans les réflexes de la première.
Développement en Algérie : quand les milliards du FNI ne suffisent pas à bâtir l’émergence
La transition Invisible : des maquisards aux pseudos technocrates serviles des pères fondateurs mais séniles.
Le passage de témoin s’est fait par la force des choses, un hirak soutenu par l’armée qui refusa de le réprimer en dépits de la pression Saïd Bouteflika et des appels de la corrompue opposition de type Louiza Hanoun déjà traîtresse à Sant-Egidio par sa complicité au terrorisme islamiste. La biologie a eu raison de la génération de 1954, génération qui s’amenuise après avoir ruiné les segments révolutionnaires qui l’ont mise au Monde.
Mais ce passage aux « bureaucrates » n’a pas encore produit la mise à jour logicielle attendue. Au contraire le fameux « Kheshinisme » connu chez Abdelhamid Mehri, Houari Boumediene et bien des profils égarés dans le nationalisme étroit. Le système, bien qu’ayant changé de visage, conserve une architecture de gouvernance centralisée, héritée de l’économie administrée.
Cette inertie institutionnelle est le point de départ de toutes les prospectives internationales, celles qui se penchent dans l’étude du cas algérien, à l’avenir incertain au regard des déviances confessionnelles et identitaires notamment celles du renseignement américain.
Les 4 piliers de l’Algérie en 2035
À quoi ressemblera le pays dans dix ans ? En croisant les données du National Intelligence Council (NIC) et les rapports de l’ISS African Futures, quatre variables critiques se dessinent.
1. Le Mur Énergétique : Le « Quitte ou Double »
C’est le défi le plus pressant. D’ici 2035, la croissance démographique et l’industrialisation pourraient absorber la quasi-totalité de la production de gaz naturel pour la consommation domestique.
- Le risque : Une évaporation de la rente exportatrice, base du contrat social algérien.
- L’opportunité : Un basculement massif vers l’hydrogène vert et le solaire. L’Algérie ne joue pas seulement sa croissance, mais sa survie budgétaire.
2. Le Défi Démographique : 53 Millions de Destins
En 2035, l’Algérie sera un pays de 53 millions d’habitants, majoritairement urbains. La gestion de l’eau (stress hydrique permanent) et du logement ne pourra plus se faire par simple distribution de la rente.
Reine des dattes, Deglet-Nour d’Algérie à la conquête du marché mondial
La question centrale pour la CIA et le NIC est de savoir si cette jeunesse sera un moteur technologique ou un foyer de « misère urbaine » alimentant des vagues migratoires sans précédent vers l’Europe, mais aussi des tensions internes majeures.
3. Pivot Géopolitique : Entre Moscou, Washington et Pékin L’Algérie de 2035 ne pourra probablement plus maintenir l’équilibrisme actuel. Face à l’instabilité chronique du Sahel et aux recompositions mondiales, le pays devra choisir :
- Rester le bastion souverainiste, au risque de l’isolement.
- Devenir le pivot stabilisateur de l’Afrique du Nord, en acceptant une neutralité pragmatique qui ouvre ses marchés aux capitaux occidentaux autant qu’aux infrastructures chinoises.
4. L’Évolution du Régime : Quelle Gouvernance ?
Les services américains scrutent la fin de la transition entamée sous Tebboune. Trois scénarios se dégagent pour 2035 :
- L’institutionnalisation démocratique : Une ouverture forcée par la nécessité de libérer l’initiative économique.
- La Technocratie Sécuritaire : Une gestion par les chiffres et la surveillance, pour maintenir la stabilité à tout prix.
- La Décentralisation : Un transfert de pouvoir vers les régions pour répondre aux réalités économiques locales.
L’Éveil ou le Scénario Catastrophe ?
L’Algérie de 2035 sera soit le moteur de l’intégration maghrébine — redevenue nécessaire pour peser face aux blocs mondiaux — soit un îlot de résistance figé dans ses certitudes souverainistes. La « Seconde République » ne pourra plus rester un slogan de bureaucrate ; elle devra devenir une réalité institutionnelle pour éviter que le mur énergétique et démographique ne devienne une impasse.
Sources & Rapports consultés :
• Global Trends 2035 (National Intelligence Council - USA)
• International Trade Administration (Energy Projections 2035)
• ISS African Futures : Trajectoires de développement de l'Afrique du Nord.
Idées et exemples des transitions et numérotations des républiques
La France est sans doute l'exemple le plus célèbre de cette numérotation "systématique", mais elle n'est pas la seule à avoir connu des ruptures constitutionnelles majeures justifiant un changement de numéro.
Voici les principaux pays qui utilisent, ou ont utilisé, cette nomenclature pour marquer les grandes étapes de leur histoire politique.
1. La France : Le modèle de référence
La France en est actuellement à sa Vème République (depuis 1958). Le changement de numéro survient à chaque fois que la structure fondamentale de l'État (la Constitution) est radicalement modifiée, souvent après une guerre, une révolution ou une crise majeure.
• Ière : 1792 (Chute de la monarchie)
• IIème : 1848 (Printemps des peuples)
• IIIème : 1870 (Chute de Napoléon III)
• IVème : 1946 (Après-guerre)
• Vème : 1958 (Crise d'Algérie / De Gaulle)
2. La Corée du Sud : Le record de numérotation
C'est sans doute le pays qui suit cette logique de la manière la plus rigoureuse. La Corée du Sud en est actuellement à sa VIème République. Chaque changement correspond à un changement de régime (passage de la dictature à la démocratie, ou modification du mode d'élection du président).
• Ière : 1948 (Syngman Rhee)
• ...
• VIème : Depuis 1987 (Constitution actuelle, transition démocratique).
3. Les pays lusophones (Portugal et Brésil)
Ces deux pays utilisent les numéros pour distinguer les périodes de dictature des périodes démocratiques.
• Portugal : On distingue généralement la Ière République (1910-1926), instable, de la IIème (l'Estado Novo de Salazar) et de la IIIème (actuelle, née de la Révolution des Œillets en 1974).
• Brésil : Bien qu'on parle moins de "Xème République" au quotidien, les historiens divisent l'histoire du pays en périodes (République Vieille, Ère Vargas, Nouvelle République depuis 1985).
4. L'Espagne : Les deux tentatives
L'Espagne est actuellement une monarchie parlementaire, mais son histoire est marquée par deux parenthèses républicaines célèbres :
• Ière République : 1873-1874 (très brève).
• IIème République : 1931-1939 (celle qui précède la guerre civile et la dictature de Franco).
5. Les pays d'Afrique francophone
De nombreux pays d'Afrique (comme le Sénégal, le Togo, la Guinée ou Madagascar) utilisent cette terminologie, souvent héritée du modèle juridique français.
Par exemple, le Niger a inauguré sa VIIème République en 2010, et le Tchad est passé à sa Vème République en 2023. Ici, chaque nouvelle Constitution après un coup d'État ou une transition majeure réinitialise souvent le compteur.
Pourquoi certains pays ne comptent-ils pas ?
Certains pays restent à la "Première" pour l'éternité, même s'ils changent tout :
• États-Unis : Ils n'ont qu'une seule Constitution depuis 1789. Malgré des amendements, ils considèrent être dans la même République.
• Allemagne : On parle de la "République de Weimar" (1919) ou de la "République Fédérale" (1949), mais on ne les numérote pas officiellement comme la France.
