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La production de pétrole se réduit en Algérie, l'épuisement obblige à lancer des appels d'offres.
Quête de nouveaux gisements pétroliers, en 2030 ne produira que 600 000 barils/jour.

Face à l’épuisement programmé de ses réserves d’hydrocarbures, l’Algérie déploie son unique stratégie depuis une décennie afin de séduire les compagnies étrangères pour la prospection. L’ALNAFT pilote un plan sur cinq ans qui engage l’avenir économique du pays.

L’urgence est désormais inscrite dans les chiffres. La production pétrolière algérienne a perdu près de 300 000 barils par jour depuis le dernier appel d’offres lancé en 2014 — une saignée silencieuse qui contraint aujourd’hui les autorités à agir vite. En lançant en octobre 2024 son premier grand cycle d’attribution de blocs depuis une décennie, l’Algérie envoie un signal clair aux majors internationales : venez prospecter chez nous, avant qu’il ne soit trop tard. Le travail fait par les soumissionnaires retenus, s’avère à ce jour infructueux, à moins que infos contraires surviennent à l’avenir.

Sonatrach moteur de l’industrialisation en Algérie

L’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures (ALNAFT) est au cœur d’une nouvelle offensive. Elle orchestre un plan quinquennal ambitieux qui vise à attirer les investisseurs mondiaux sur un territoire dont le sous-sol, selon ses propres experts, reste largement sous-exploré. En jeu : la survie du modèle économique algérien, dont les hydrocarbures financent encore l’essentiel des recettes publiques.

17 projets identifiés dans le plan quinquennal de l’ALNAFT

152 000 km² superficie cumulée des 6 premiers blocs proposés

50 Md$ d’investissements visés sur la durée du programme

Un premier cycle historique depuis 2014

Le 14 octobre 2024, lors du salon NAPEC à Oran, l’ALNAFT a officiellement lancé l’Algeria Bid Round 2024 — le premier appel d’offres upstream depuis dix ans, et le tout premier opéré dans le cadre de la nouvelle loi sur les hydrocarbures de 2019. Six blocs onshore de grande taille ont été mis en compétition internationale, représentant une superficie totale de 152 000 km², soit davantage que la superficie de l’Angleterre.

Ces blocs sont situés dans des bassins historiquement productifs du sud et du sud-ouest algérien. Ils couvrent à la fois des opportunités d’exploration pure et des projets de développement avec potentiel d’exportation immédiat. Pour accompagner les candidats, l’agence a mis à disposition une documentation sismique exceptionnellement fournie : plus de 102 000 km linéaires de données sismiques 2D et plus de 45 000 km² de données 3D.

Bloc / PérimètreType de contratCritères d’évaluation
Grand M’ZaïdPSCTechnique + Financier
AharaPSCTechnique + Financier
Reggane IIPSCTechnique + Financier
Zerafa IIPSCTechnique + Financier
ToualParticipationTechnique uniquement
Guern El GuessaParticipationTechnique uniquement
Les six blocs du premier round

Un cadre juridique renouvelé pour séduire les majors

La loi sur les hydrocarbures de 2019 constitue le socle sur lequel repose toute cette dynamique. Elle réintroduit notamment les contrats de partage de production (PSC), abandonnés depuis 2005, offrant désormais trois modèles contractuels aux compagnies internationales : le contrat de participation (avec Sonatrach détenant au moins 51 %), le contrat de partage de production, et le contrat de services à risque. Cette flexibilité est présentée comme un atout majeur pour attirer des profils d’investisseurs très différents.

« Nous travaillons avec les compagnies internationales depuis plus de 35 ans et nous n’avons jamais eu le moindre problème de respect des contrats. En Algérie, un contrat est un document sacré.« — Mourad Beldjehem, Président de l’ALNAFT

Cette déclaration, prononcée lors de l’African Energy Week à Cape Town fin 2024, résume la posture d’Alger : rassurer, convaincre, et agir vite. Car si les chiffres géologiques plaident pour le pays, la compétition internationale pour attirer les capitaux est féroce.

Des géants pétroliers déjà aux aguets

Le lancement du Bid Round 2024 a immédiatement suscité l’intérêt de certaines des plus grandes compagnies mondiales. ExxonMobil et Chevron, les deux mastodontes américains, ont été cités parmi les candidats potentiels — une première entrée en scène en Algérie pour ces deux acteurs. BP, qui avait déjà opéré dans le pays, pourrait également faire son retour. Des compagnies nationales asiatiques et du Golfe Persique sont également évoquées comme candidats sérieux.

Développement en Algérie : quand les milliards du FNI ne suffisent pas à bâtir l’émergence

Sonatrach, la compagnie nationale, a par ailleurs signé un mémorandum d’entente avec ExxonMobil pour le développement de deux gisements gaziers dans les bassins d’Ahnet et de Gouara. Les négociations sont estimées à une durée de douze à trente-six mois. En parallèle, un partenariat avec la compagnie nationale libyenne NOC est en cours pour renforcer les services de forage.

📋 Les trois types de contrats proposés par l’ALNAFT

  • Contrat de participation : Sonatrach et le partenaire co-investissent ; Sonatrach détient au minimum 51 %. Les hydrocarbures produits sont transférés aux parties au point de mesure.
  • Contrat de partage de production (PSC) : Le partenaire international assume les risques et coûts d’exploration. En cas de découverte commerciale, la production est partagée selon une formule négociée.
  • Contrat de services à risque : Le partenaire est rémunéré en hydrocarbures pour les services rendus ; le risque géologique reste entièrement à sa charge.

2025 et au-delà : un plan sur cinq ans

L’ALNAFT ne s’arrête pas à ce premier cycle. Le plan quinquennal prévoit dix-sept projets en tout, avec un appel d’offres par an jusqu’en 2029. Le deuxième round, baptisé Algeria Bid Round 2025, devait initialement être lancé en octobre 2025 et porter sur quatre à six nouvelles zones d’exploration identifiées par l’agence. En parallèle, des blocs supplémentaires sont attendus début 2026, selon les déclarations de Samir Bekhti, successeur à la présidence de l’ALNAFT.

L’ambition affichée est considérable : porter la production annuelle de gaz à 200 milliards de mètres cubes dans un délai de cinq ans, contre 137 milliards actuellement. Pour y parvenir, l’Algérie entend mobiliser des investissements estimés à 50 milliards de dollars sur l’ensemble du programme.

Le gaz de schiste, la carte secrète de l’Algérie

Au-delà des hydrocarbures conventionnels, les autorités algériennes commencent à évoquer ouvertement leurs ressources non conventionnelles. L’Algérie détiendrait plus de 700 billions de pieds cubes (tcf) de ressources en gaz de schiste non risquées — un potentiel parmi les plus importants au monde. Ferhat Ounoughi, vice-président exécutif de Sonatrach, décrit le gaz de schiste comme la « meilleure ressource » du pays et une priorité stratégique absolue.

L’agence indique par ailleurs vouloir explorer ses zones dites « frontières » — des régions peu connues géologiquement — ainsi que son potentiel offshore, jusqu’ici inexploité. Ces horizons pourraient représenter la prochaine grande vague d’appels d’offres dans les années à venir.

Pourquoi l’urgence est réelle

Derrière la communication institutionnelle, les données sont éloquentes. La production pétrolière algérienne s’est contractée d’environ 300 000 barils par jour depuis 2014 — une baisse que les restrictions OPEP+ n’expliquent qu’en partie. Le pays reste dépendant à plus de 90 % de ses recettes d’exportation en hydrocarbures pour financer son budget public. Sans nouvelles découvertes significatives dans les prochaines années, la marge de manœuvre d’Alger se réduira inexorablement.

C’est dans ce contexte que la multiplication des appels d’offres prend tout son sens : il ne s’agit pas d’une simple opération de séduction commerciale, mais d’un pari existentiel sur l’avenir économique d’une nation de 46 millions d’habitants dont le modèle de développement reste, pour l’heure, indissociable du pétrole et du gaz.

« Notre principal objectif est d’atteindre le plein potentiel des réserves du pays. Nous nous concentrons aujourd’hui sur les zones frontières pour augmenter nos réserves et notre production. — Samir Bekhti, Président de l’ALNAFT (African Energy Week 2025)

En huit contrats d’hydrocarbures signés sur le seul premier semestre 2025, l’Algérie commence à récolter les premiers fruits de cette stratégie. La confiance des investisseurs semble revenue. Mais la véritable épreuve sera celle des années qui viennent : transformer cette attractivité retrouvée en gisements productifs, avant que les réserves existantes ne s’épuisent.

Sources :

Zawya – Algeria set to launch new hydrocarbon bidding roundZawya – Algeria launches international bidding round for upstream oil and gas projectsEnergy News Pro – Algeria Bid Round 2025International Bar Association – Algeria Bid Round 2024Energy Capital & Power – Algeria’s $50B Hydrocarbon Drive

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argotheme@yahoo.fr

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